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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 22:14
La question de ce qui est "à venir"?

La question de ce qui est "à venir"?

Dans le dernier livre de Robert Jaulin, ouvrage préparé à titre posthume et intitulé « Exercices d’ethnologie » on trouve un quatrième exercice des plus intéressants : « Les problèmes du croire, du manque et du virtuel au Sénégal : Ousman Dieye, guérisseur en Casamance ». L’exercice se termine par les énonciations suivantes à propos du « toul »[1] et d’une séance qu’Ousman accomplit sur le bras de Robert où il est fait référence à un être-serpent[2] et à son venin amenant Robert à se poser la question suivante : Le modèle de l’être-serpent et de son venin, ce modèle végétal d’une catégorie animale ne pouvait-il pas avoir une valeur de vérité ? et Robert répond de la façon suivante :

 

« Une telle attitude est sans doute celle de la croyance, mais n’est-il pas évident que cette croyance est de l’ordre de la complexité ? Qu’est-ce donc que croire ? Ou plutôt n’est-ce pas précis ou imprécis de croire ou de ne pas croire ? Le jeu de vie dans lequel tout croire et tout savoir s’installent est le sens auquel ils se réfèrent. Dire, à la façon de ce surréaliste en quête de son chemin et auquel un passant répondait : « je crois que cette rue… », « qu’il ne s’agissait pas de croire , mais de savoir » n’oppose nullement ces deux termes : le croire et le savoir, mais traduit un certain jeu de vivre, celui de notre surréaliste. Aussi, face à Ousman, face à certaines de ses pratiques-celles qui me laissent encore dans l’incertitude agitent mon réveil-, puis-je dire qu’il ne s’agit point encore pour moi de savoir et, à fortiori, d’un savoir partagé. Mon propos n’est donc que de croire, d’une croyance nullement aveugle et/ou religieuse, scientiste, etc., mais telle que le jeu du dialogue entamé puisse se poursuivre. Ne pas croire, ne pas y croire n’aurait pas plus de sens que d’y croire, mais correspondrait à un refus de « vie commune », une vie commune éventuelle, courte, celle d’un tout petit bout de chemin, celle d’une recherche qui est d’abord dialogue, être avec et reconnaissance réciproque. Quoi qu’il en soit de ce que je saurai, quoi qu’il en soit des inquiétudes d’Ousman Dieye à mon sujet, nous nous sommes mutuellement reconnus et nous nous le sommes dit. »

Yelen

Yelen

Le livre se termine ainsi, sans que Robert Jaulin ait pu apporter une conclusion à cet exercice ainsi qu’aux trois autres du livre, la grande faucheuse ayant opéré sont prélèvement. Il m’est cependant apparu en faisant le grand écart avec un cours de Gilles Deleuze sur la vitesse de la pensée que ces relations du croire et du savoir traçaient une cartographie des univers que l’on pourrait utiliser pour approcher la question du contact. Dans le dernier livre de « l’Ethique », Spinoza évoque un troisième genre de connaissance qui se « matérialise » par une pensée à vitesse absolue qui va à la fois au plus profond et qui embrasse, qui a une amplitude maximum et qui procède comme un éclair. Il m’est apparu que c’était une façon de tisser les relations entre croire et savoir par l’intrication des affects et des concepts, démarche qui explose et se métamorphose en un hapax existentiel qui transcende le temps. Ce faisant ce mode d’être au monde, d’être le monde engage l’âme dans l’espace imaginal dans son ensemble, ces interfaces virtuelles et matérielles d’avec les autres mondes, dimensions imaginales des frontières exotiques tout en permettant de révéler le côté opératoire de la démarche. Ces mécanismes nous habitent, ne suffit-il pas de les mettre en œuvre, de les « activer » pour tracer une nouvelle « carte » des univers et d’une certaine façon, nous libérer ?

Pentacle?

Pentacle?

A l’heure où la lecture des évènements devient de plus en plus incompréhensible pour le commun des mortels par la mise en œuvre d’une ingénierie sociale de déconstruction au service de l’empire pilotée par de l’intelligence artificielle qui nourrit une rhétorique conduisant à la guerre et au néant qui n’a rien à envier aux régimes fascistes du passé, ne serait-il pas grand temps pour les hommes de bonne volonté de faire appel à « cette troisième connaissance », à cette conscience imaginale qui trace dans les relations du croire et du savoir le chemin du milieu , pont Cinvat de l’au delà qui nous garantira le passage à venir sans basculer dans les précipices anthropiques de la folie entropique, un voyage tropique où l’altérité est le reflet ?

 

[1] Le toul est un procédé célèbre en Afrique noire et les témoignages de son efficacité sont nombreux. Le toul est un rituel au terme duquel celui qui en a été bénéficiaire est immunisé contre la pénétration du fer en son corps. Ousman, dont il est question ici d’après son fils est très fort dans l’art toul.

 

[2] Extrait de Exercices d’Ethnologie- Robert Jaulin

« Les histoires de sorcier à serpent sont nombreuses en Afrique noire. Mon ami, Ebenezer Essomé, m’a conté avoir assisté à la mort d’un tel couple. Il y avait dans un village un sorcier malfaisant, abritant chez lui un serpent ; un Peul, doté de pouvoirs, vint, découvrit le reptile et le tua dans la pièce située à côté de celle où se trouvait le sorcier, lequel mourut au même moment et de la même façon ; les mouvements de son corps, ses convulsions étaient semblables à celles du serpent, Ebenezer Essomé courait, stupéfait, d’une pièce à l’autre. »

Interfaces et frontières- Une plate représentation…mais dont le côté opérationnel est indicible.

Interfaces et frontières- Une plate représentation…mais dont le côté opérationnel est indicible.

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commentaires

leXav 07/05/2016 20:18

Bonsoir,

Entropie, néguentropie, je dois avouer que parfois je m'y perds.

Ils sont pas toujours très marrant, ces antifa..
Dès fois on a besoin de prendre un peu du recul, quoi..
Histoire de retrouver sa bonne petite énergie de base.
Enfin bref..

Sur ces bonnes paroles :)
A la prochaine, très chère spirale, et portez vous du mieux qu'il soit.

cordialement,
leXav

M51 09/05/2016 13:27

Merci leXav, c'est toujours un plaisir de vous lire. L'énergie de base n'est ce pas la base de l'énergie nécessaire au développement du corps dans l'étendu et à l'âme dans la conscience? Une question d'attributs dans une philosophie qui se rapprocherait de celle de Spinoza?
Bien à vous.

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