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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 13:59
Devenir et cosmos?

Devenir et cosmos?

"All the universe or nothingness? Which shall it be, Passworthy? Which shall it be? ..."

Les trajectoires des civilisations ne sont pas toujours uniformes et l’histoire nous rappelle par exemple que les empires du passé ne sont pas éternels, les périodes des civilisations brillantes et conquérantes alternent avec des périodes plus sombres justement appelées “dark ages”[1], [2], [3]. Le progrès constant d’une civilisation n’est pas assuré et des retours en arrière sont toujours possibles. Pour illustrer cela quoi de mieux que de se plonger dans la littérature et le cinéma[4]. Comme toujours la science-fiction est aux avant-postes de ces réalités en devenir et le roman d’anticipation d’H.G. Wells “Things to come” porté au cinéma en 1936 en donne le parfait exemple. De ce point de vue, le film anglais en lui-même était visionnaire, car il prédisait l’arrivée d’une guerre mondiale pour la Noël 1940, certes 16 mois après le déclenchement de la deuxième guerre mondiale en 1939 mais il faisait déjà référence au bombardement stratégique, à des combats aériens, à l’effondrement de la société dans le chaos et la barbarie. Je laisse aux personnes intéressées le soin de regarder ce film dans lequel on retrouve:

Things to come-1936Things to come-1936Things to come-1936
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Things to come-1936Things to come-1936

Things to come-1936

  • La guerre comme moteur du chaos et de l’effondrement.
  • L’utilisation d’armes de destruction massive, ici les gaz et les armes bactériologiques.
  • L’absurdité de la guerre qui se perpétue alors même que les gens ne savent plus pourquoi ils se battent, précipitant la société dans la nuit noire.
  • L’apparition à la fois de chefs de guerre sur les ruines et le retour à un stade féodal de la société mais aussi en parallèle l’apparition un ilot de “progrès”, un bout de civilisation appelée “Wings Over the World” qui a pu se mettre en marge de la guerre et poursuivre son évolution. Ici cet ilot est situé curieusement à Basora en Iraq! Cette civilisation a développé une maitrise du ciel avec des aéronefs gigantesques (ici des avions mais on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec des cigares et des soucoupes).
  • La nouvelle civilisation, disposant d’un avantage technologique liquide le chef de guerre et libère les survivants du tyran. Sur les ruines du passé, la nouvelle civilisation émergente se développe dans des villes souterraines reliées par des tunnels.
  • Le film se termine sur la question du progrès de l’humanité et de cette quête incessante de savoirs et du développement avec notamment la question de l’immensité du cosmos et de l’espace pour conquérir les étoiles et au-delà qui vaut à l’un des principaux protagonistes la réplique suivante:

 "All the universe or nothingness? Which shall it be, Passworthy? Which shall it be? ..."

La survenance d’une nuit noire invite à la réflexion et comme à son habitude, J.N. Nielsen nous fait partager ses idées pertinentes en étendant la question à la problématique des super civilisations dans un article  intitulé “Super civilisation et Super stagnation”.

Les super civilisations (c’est à dire des civilisations ayant quelques millions d’années d’existence jusqu’à plusieurs milliards) ne seraient pas exemptes de balbutiements dans leur développement, expérimentant des retours en arrière catastrophiques et des effondrements réguliers. Ces effondrements donneraient alors lieu aussi à des super périodes de stagnation ou de nuits noires[5] (d’un ordre de grandeur 2 à 3 fois plus important que des civilisations classiques, ainsi une civilisation d’un million d’années d’existence pourrait accoucher de périodes de stagnation de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers d’années de stagnation).

Parler d’effondrement implique des “écrasements brutaux” des institutions sans exclure pour autant leur remplacement rapide. Lorsque que l’on évoque la nuit noire, il est clairement entendu qu’une société a perdu au moins de nombreuses fonctionnalités passées, et qu’elle tient bon pendant une période durable dans un état amoindri de fonctionnalités.

Dans ces périodes sombres, de nouvelles institutions sociales voient le jour, repartant parfois de 0 et émergeant dans l’espace laissé vacant par l’effondrement des précédentes. Ces nouvelles institutions reflèteront l’expérience vécue par une population qui a expérimenté la rupture catastrophique des institutions avancées passées, rendant la résurrection de ces dernières impossibles, mais permettant l’avènement de nouvelles institutions plus résilientes.

Mais des nuits noires s’étendant sur des milliers, plusieurs centaines de milliers, voir millions d’années posent des problèmes. Une civilisation stagnante qui demeure stagnante sur la longue durée ne pourrait survivre que si les conditions cosmiques et planétaires dans lesquelles elle se trouve sont suffisamment stables et qu’aucune intervention technologique ne soit nécessaire pour que cette civilisation continue à ce faible niveau d’expertise technologique.

Cependant une civilisation bien plus avancée que la nôtre pourrait s’effondrer de telle façon que certaines technologies restent identiques ou en avance sur les nôtres et donc qu’elle soit capable de répondre aux menaces existentielles rudimentaires (limitées) efficacement. Si des centres de civilisation existaient encore, par exemple, des mesures localement efficaces contre une pandémie pourrait être mises en œuvre mais dans la perspective limitée d’une telle civilisation rémanente. De la même façon, une telle civilisation pourrait disposer de capacité limitée de voyage dans l’espace et pourrait utiliser toutes les ressources qu’elle possède pour prévenir un impact planétaire. Elle pourrait alors se trouver dans le difficile équilibre, ou choix paradoxal d’utiliser ses dernières ressources pour sauver la planète en sachant par la même qu’elle signerait son arrêt de mort! Et si l’Antarctique recelait justement les restes d’une telle civilisation?

 

Voilà, il ne s’agit pas ici de statuer mais plutôt d’inciter à la réflexion et notamment à cette question sous-jacente de la course vers le progrès dont une vision peut-être un peu trop occidentalo centrée en fait le moteur de l’évolution. Lire ou relire Nobert Elias et son Über den Prozess der Zivilisation et s’interroger sur l’incommensurabilité de penser le devenir, qu’il soit celui de la civilisation ou de l’être en la situant dans la perspective du contact. Une façon d’aborder les questions:

  • Du devenir autre tout en restant soi
  • Du partage et de la communion en lieu et place de l’appropriation et de la domination, communion qui passerait à titre d’exemple par cette captation du regard (en référence à Levinas) qui agirait comme un protocole de base d’une métanoïa cosmique tout en étant un déclencheur d’un hapax existentiel conduisant au développement d’un pancognitivisme, d’un pancivisme pour l'émergence d'une méta civilisation des êtres conscients.
Déclencheur et Hapax.

Déclencheur et Hapax.

Peut-être une invitation au voyage sur un itinéraire se construisant, se stratifiant, s'articulant dans des déplacements même au sein du voyage, un peu à la manière de cet itinéraire de Paris à la Jérusalem céleste du vicomte de Chateaubriand:

 

Soleil, dont les regards embrassent l’univers;

Reine des dieux, témoins de mes affreux revers;

Triple Hécate, pour qui dans l’horreur des ténèbres

Retentissent les airs de hurlements funèbres;

Pâles filles du Styx, vous tous, lugubres dieux,

Dieux de Didon mourante, écoutez donc mes voeux!

S’il faut qu’enfin ce monstre, échappant au naufrage,

Soit poussé dans le port, jeté sur le rivage;

Si c’est l’arrêt du sort, la volonté des cieux,

Que du moins assailli d’un peuple audacieux,

Errant dans les climats où son destin l’exile,

Implorant des secours, mendiant un asile,

Redemandant son fils arraché de ses bras,

De ses plus chers amis il pleure le trépas!...

Qu’une honteuse paix suive une guerre affreuse!

Qu’au moment de régner, une mort malheureuse

L’enlève avant le temps! Qu’il meure sans secours,

Et que son corps sanglant soit en proie aux vautours!

Voilà mon dernier voeu! Du courroux qui m’enflamme

Ainsi le dernier cri s’échappe avec mon âme.

Et toi, mon peuple, et toi, prends son peuple en horreur:

Didon au lit de mort te lègue sa fureur!

En tribut à ta reine offre un sang qu’elle abhorre:

C’est ainsi que mon ombre exige qu’on l’honore:

Sors de ma cendre, sors, prends la flamme et le fer,

Toi qui dois me venger des enfants de Teucer!

Que le peuple latin, que les fils de Carthage,

Opposés par les lieux, le soient plus par leur rage!

Que de leurs ports jaloux, que de leurs murs rivaux,

Soldats contre soldats, vaisseaux contre vaisseaux,

Courent ensanglanter et la mer et la Terre!

Qu’une haine éternelle éternise la guerre!

 

Extrait de l'Itinéraire de Paris à Jérusalem.

 

[1]

Dans les thèmes approchant, à voir sur l’effondrement des civilisations, la conférence de l’archéologue Éric Cligne de l’université de Washington

[2]

Sur comment prévenir l’effondrement une conférence de David Aleman spécialiste en neurologie au laboratoire de Perception et d’action du Baylar Collège de Médecine à Houston.

[3]

Sur notre capacité au développement et justement son développement, voir la conférence de Sander van der Leu, directeur de l’école de l’évolution humaine et des changements sociaux à l’université de l’état d’Arizona. L’archéologie de l’innovation.

[4] Concernant la littérature prophétique, voir notamment le sujet

Les lignes de fuite qui se dégagent de ces écrits sont autant de moyens de détecter ce qui se prépare, et de devancer les “puissances diaboliques” du proche avenir.

On pourra aussi conjuguer par exemple cette approche à partir d’une relecture de l’œuvre de Kafka faite par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans un petit livre paru aux éditions de Minuit et intitulé “Kafka, pour une littérature mineure”. On trouve en guise de conclusion de l’ouvrage et sur la base d’une question “qu’est-ce qu’un agencement”, un mode d’exploration applicable aux civilisations et à leur devenir sous forme de l’analyse de l’intersection des machines abstraites avec le champ d’immanence. Je cite:

“La machine abstraite, c’est le champ social illimité, mais c’est aussi le corps du désir, et c’est aussi l’œuvre continue de Kafka, sur lesquels les intensités sont produites et où s’inscrivent toutes les connexions et polyvocités. Citons en désordre quelques-uns des agencements de Kafka (on ne prétend pas en faire une liste exhaustive, puisque les uns peuvent en grouper déjà plusieurs autres, ou être eux-mêmes des parties d’autres): l’agencement des lettres, la machine à faire des lettres; l’agencement du devenir-animal, les machines animalières; l’agencement du devenir-féminin, ou du devenir-enfantin, les “maniérismes” des blocs de femme ou d’enfance; les grands agencements du type machines commerciales, machines hôtelières, bancaires, judiciaires, bureaucratiques, fonctionnaires, etc.: l’agencement célibataire ou la machine artistique de minorité, etc. C’est évident qu’on dispose de plusieurs critères pour juger de leur teneur et de leur mode, même dans de petits détails:

  1. Dans quelle mesure tel ou tel agencement peut-il se passer du mécanisme “loi transcendante”? Moins il peut s’en passer, moins il est agencement réel, plus il est machine abstraite au premier sens du mot, plus il est despotique. Par exemple, l’agencement familial peut-il se passer d’une triangulation, l’agencement conjugal peut-il se passer d’un dédoublement, qui en font les hypostases légales plutôt que des agencements fonctionnels?
  2. Quelle est la nature de la segmentarité propre à chaque agencement? Plus ou moins dure ou souple dans la délimitation des segments, plus ou moins rapide ou lente dans leur prolifération? Plus les segments sont durs ou lents, moins l’agencement est capable de fuir effectivement suivant sa propre ligne continue ou ses pointes de déterritorialisation, même si cette ligne est forte et ces pointes, intenses. Alors l’agencement fonctionne seulement comme indice plutôt que comme agencement réel-concret: il n’arrive pas à s’effectuer lui-même, c’est à dire à rejoindre le champ d’immanence. Et quelles que soient les issues qu’il indiquait, il est condamné à l’échec, et se fait rattraper par le mécanisme précédent. Exemple: l’échec du devenir-animal notamment dans la Métamorphose (reconstitution du bloc familial). Le devenir féminin semble déjà beaucoup plus riche en souplesse et en prolifération; mais plus encore le devenir-enfant ou les petites filles de Titorelli. Les blocs d’enfance ou les maniérismes enfantins chez Kafka semblent avoir une fonction de fuite et de déterritorialisation plus intense que celle de la série féminine.
  3. Compte tenu de la nature de sa segmentarité et de la vitesse de ses segmentations, quelle est l’aptitude d’un agencement à déborder ses propres segments, c’est à dire à s’engouffrer sur la ligne de fuite et à se répandre dans le champ d’immanence? Un agencement peut avoir une segmentarité souple et proliférante, et pourtant être d’autant plus oppressif, et exercer un pouvoir d’autant plus grand qu’il n’est même plus despotique, mais réellement machinique. Au lieu de déboucher sur le champ d’immanence, il le segmentarise à son tour. La fausse fin du Procès opère même une retriangulation typique. Mais, indépendamment de cette fin, quelle est l’aptitude de l’agencement Procès, de l’agencement Château, à ouvrir  sur un champ d’immanence illimité qui brouille tous les bureaux segmentaires, et ne survient pas comme une fin, mais déjà là à chaque limite et chaque moment? Dans ces conditions seulement, ce n’est plus la machine abstraite (au premier sens transcendant) qui ne se réalise que dans l’agencement, c’est l’agencement qui tend vers la machine abstraite (au second sens immanent).
  4. Quelle est l’aptitude d’une machine littéraire, d’un agencement d’énonciation ou d’expression, à former lui-même cette machine abstraite en tant que champ du désir? Conditions d’une littérature mineure? Quantifier l’œuvre de Kafka, ce serait faire jouer ces quatre critères, de quantités intensives, produire toutes les intensités correspondantes, des plus basses aux plus hautes: la fonction K. Mais c’est justement ce qu’il a fait, c’est justement son œuvre continue.”

 

 

[5] On lira avec intérêt ce que la civilisation ummite nous dit à ce sujet de la nuit noire puisque notamment dans la D541, le thème est évoqué avec une durée de la Nuit noire de Ummo, d’environ 2500 années terrestres.

https://www.ummo-sciences.org/fr/D541.htm

 

Lignes de fuite dans les lignes des écrits.

Lignes de fuite dans les lignes des écrits.

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