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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 22:39
Regard vers l'autre.

Regard vers l'autre.

L’histoire connectée… à l’altérité en référence à Sanjay Subrahmanyam.

L’analogie est un outil d’une puissance peu commune, elle aide à prendre la mesure de situations ou de concepts qui autrement nous paraitraient obscurs voir incompréhensibles. Prenons un exemple que nous allons appliquer à l’homme en partant du têtard et de la grenouille. Un récent reportage qui est passé sur Arte  à destination des enfants (sujet d’ailleurs fort bien fait) mettait en image une grenouille en devenir, en fait un œuf qui au fil du temps et des métamorphoses change de milieux passant respectivement de son œuf matriciel à son état de têtard dans l’étang, un étant dans l’eau dessinant son être par matière, forme et milieu qui lui est consubstantiel, un hylémorphisme de culture qui possède dans son être profond, son métaêtre, une émergence, un saut, dont les pattes du têtard se développant au fil de la vie dans l’étang contribueront à la singularité, au changement de paradigme et de milieu ou le têtard se métamorphosant en grenouille se propulsera hors de l’eau pour sauter sur la Terre ferme où les branchies seront remplacées par des poumons pour respirer l’air supérieur et chanter, coasser la vie, celle du mode d’être grenouille.

Ces fantastiques métamorphoses font partie de la vie, des observables en sorte pour nos esprits « rationnels » mais ne devrions-nous pas nous étonner de cette fabuleuse capacité à changer, s’adapter et émerger dans un autre milieu ? Cela fait partie d’une indicible mécanique qui si on nous la racontait sans l’observer nous paraîtrait sortie d’un livre de science-fiction où d’un conte de fées.

Appliquons maintenant à l’homme ce schéma et imaginons que l’humain, ou plutôt pour généraliser l’être conscient fait l’objet d’une telle mutation mais cette dernière est si bien cachée qu’elle ne fait pas l’objet d’un changement notable au niveau physique mais intervient dans le domaine spirituel, ou si vous préférez les deux milieux dont il est question ici ne sont pas l’eau et l’air mais plutôt la matière et l’imaginal. L’homme sortant de son œuf placenta découvre la matière, l’être conscient sortant de sa matrice originelle découvre son univers matériel qui va constituer pendant les premières années de sa vie son terrain de jeu. Mais très rapidement, au fur et à mesure de ses expériences matérielles, une autre dimension consubstantielle se fait jour, et l’imaginal se conjoint au réel qu’il soit personnel, culturel etc. Il invite au passage et au voyage, si bien que l’être conscient, en se développant dans son monde matériel prépare sa mutation spirituelle. Elle est inscrite dans sa chair, comme la grenouille est inscrite dans le têtard, et cette condition spirituelle est toute aussi « matérielle » que la réalité du têtard se faisant grenouille. C’est une émergence, un mode d’être qui se crée et nous devrions tous le considérer comme un vecteur en puissance. Comme dit Spinoza, nous ne savons pas ce que peut un corps ! Aussi plutôt que de nous oublier ou de nous projeter au fond de l’étang comme des têtards qui refuseraient de sauter hors de l’eau, envisageons notre nouveau milieu avec intelligence et ouverture.

Se faisant cet autre, ce nouveau milieu dessine une incommensurabilité ? Comment embrasser un milieu qui est si différent alors que mon émergence, une singularité, m’a propulsé dans ce dernier, le têtard qui devient grenouille sur le bord de l’étang ? Vous comprenez que cette incommensurabilité est impossible à gérer dans l’instant, le présent, et que la clé du problème se trouve soit dans le passé (le passé en injectant les gènes de grenouille et de sa culture dans mon patrimoine génétique (une sorte de culture génétique), soit dans la durée (l’incommensurabilité est un épiphénomène de l’instant, à partir du moment où j’interfère dans mon nouveau milieu, j’écris l’histoire de ma vie autre, de mon interaction et de mon devenir).

Si le contact est par définition incommensurable il peut être soit anticipé et préparé, soit vécu et tu.

Têtard - Grenouille.

Têtard - Grenouille.

Nymphée virginale en ce 15 août approchant.

 

Le quadrige céleste à l’horizon descend,

Et voyant fuir sous lui l’occidentale arène,

Le Dieu retient en vain de la quadruple rêne

Ses étalons cabrés dans l’or incandescent.

 

Le char plonge. La mer, de son soupir puissant,

Emplit le ciel sonore où la pourpre se traîne,

Et, plus clair en l’azur noir de la nuit sereine,

Silencieusement s’argente le Croissant.

 

Voici l’heure où la Nymphe, au bord des sources fraiches,

Jette l’arc détendu près du carquois sans flèches.

Tout se tait, Seul, un cerf brame au loin vers les eaux.

 

La lune tiède luit sur la nocturne danse,

Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence,

Rit de voir son haleine animer les roseaux.

 

José-Maria de Heredia- Les Trophées.

Grenouille.

Grenouille.

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