Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 00:05

La valeur de la science – Henri Poincaré.

On a par exemple introduit la fiction d’êtres qui, ayant fait leur éducation dans un monde différent du notre, auraient été amenés à créer une géométrie non-euclidienne. Si ces êtres étaient ensuite brusquement transportés dans notre monde à nous, ils observeraient les mêmes lois que nous, mais ils les énonceraient d’une manière toute différente. A la vérité, il y aurait encore quelque chose de commun entre les deux énoncés, mais c’est parce que ces êtres ne diffèrent pas encore assez de nous. On peut imaginer des êtres plus étranges encore, et la partie commune entre les deux systèmes d’énoncés se rétrécira de plus en plus. Se rétrécira-t-elle ainsi en tendant vers zéro, ou bien restera-t-il un résidu irréductible qui serait alors l’invariant universel cherché[0] ?

La question demande à être précisée. Veut-on que cette partie commune des énoncés soit exprimable par des mots ? Il est clair alors qu’il n’y a pas de mots communs à toutes les langues, et nous ne pouvons avoir la prétention de construire je ne sais quel invariant universel qui serait compris à la fois par nous, et par les géomètres fictifs non-euclidiens dont je viens de parler ;

On arriverait encore à s’entendre avec nos non-euclidiens hypothétiques, bien qu’ils ne soient plus des hommes, parce qu’ils conserveraient encore quelque chose d’humain[1]. Mais en tout cas un minimum d’humanité est nécessaire.

C’est possible, mais j’observerai d’abord que ce peu d’humanité qui resterait chez les non-euclidiens, suffirait non seulement pour qu’on pût traduire tout leur langage.

Maintenant, qu’il faille un minimum, c’est ce que je concède ; je suppose qu’il existe je ne sais quel fluide qui pénètre entre les molécules de notre matière à nous, sans avoir aucune action sur elle ni sans subir aucune action qui en vienne. Je suppose que des êtres soient sensibles à l’influence de ce fluide et insensibles à celle de notre matière. Il est clair que la science de ces êtres différerait absolument de la notre et qu’il serait superflu de chercher un « invariant » commun à ces deux sciences[2]. Ou bien encore, si ces êtres rejetaient notre logique et n’admettaient pas, par exemple, le principe de contradiction.

Et alors, si nous ne poussons pas si loin la bizarrerie, si nous n’introduisons que des êtres fictifs ayant des sens analogues aux notres et sensibles aux mêmes impressions, et d’autre part admettant les principes de notre logique, nous pourrons conclure alors que leur langage, quelque différent du notre qu’il puisse être, serait toujours susceptibles d’être traduit.

Or la possibilité de la traduction implique l’existence d’un invariant. Traduire, c’est précisément dégager cet invariant. Ainsi déchiffrer un document cryptographique, c’est chercher ce qui dans ce document demeure invariant, quand on permute les lettres.

Quelle est maintenant la nature de cet invariant, il est aisé de s’en rendre compte, et un mot nous suffira. Les lois invariantes ce sont les relations entre les faits bruts, tandis que les relations entre les « faits scientifiques » restaient toujours dépendantes de certaines conventions.

 

[0] Un des invariants du cosmos ne serait-il pas tout simplement le phénomène de la vie ?

 

[1] On peut me semble t’il généraliser les remarquables propos de Poincaré en ne faisant plus référence à l’humanité en particulier mais tout simplement à la communauté des êtres conscients du cosmos.

 

[2] L’exemple de Poincaré est judicieux ! Ne peut-on pas alors rebondir sur Spinoza et la spiritualité en précisant que si la substance qui compose les choses est absolument infini (WOA), l’homme qui est composé de cette substance dispose de deux attributs, le corps (le côté matériel) et l’âme (le côté spirituel) si bien que la communauté des êtres conscients avec lesquels il pourra entrer en contact sont justement ceux qui seront munis d’au moins un de ces attributs comme lui. Il existe peut être des êtres disposant d’autres attributs totalement différents mais ceux là nous seront à jamais inaccessibles sauf à transcender nos deux attributs pour émerger dans l’ailleurs…Cela ne constitue t’il pas en l’état une sorte de « mur de la conscience», mur qui est alors partagé par l’ensemble des êtres conscients disposant d’au moins un des attributs « corps » et/ou « âme » ?

L'inversion de la flèche du temps 1

L'inversion de la flèche du temps 1

L'inversion de la flèche du temps 2

L'inversion de la flèche du temps 2

L'inversion de la flèche du temps 3

L'inversion de la flèche du temps 3

L'inversion de la flèche du temps 4

L'inversion de la flèche du temps 4

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Articles Récents

Liens