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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 22:52
Levinas:Le rapport à autrui  destitue l’homme de sa liberté.

Levinas:Le rapport à autrui destitue l’homme de sa liberté.

Levinas:Le face à face est de nature essentiellement dissymétrique : je suis otage

Levinas:Le face à face est de nature essentiellement dissymétrique : je suis otage

Le petit écran réserve parfois quelques bonnes surprises et notamment l’émission toujours aussi passionnante et de bonne facture « de ce soir ou jamais ! ». A l’occasion de la victoire toute récente d’un ordinateur (et de ses algorithmes) au jeu de go contre un adversaire humain, Frédéric Taddeï avait convoqué sur le plateau de l’émission « ce soir ou jamais ! » quelques brillants spécialistes du domaine pour poser une question de fond :

 

Intelligence artificielle : Faut-il tout arrêter ?

 

Car effectivement nous avons la chance singulière de vivre une période propice aux singularités ! J’évoquais dans un précédent billet, la singularité de l’altérité, nous avons ici avec la montée en puissance de l’intelligence artificielle, l’émergence d’une singularité technologique qui d’une certaine façon dessine une autre altérité, intérieure celle-ci que l’humanité aura elle même générée et devra gérer. Mais cette perspective inquiète car l’on ne sait pas très bien ce qui sortira du chapeau des magiciens technologues, nos merlins d’aujourd’hui , une Durandal d’une chanson déroulant les affres du complexe militaro industriel ou l’unité qu’un soleil fait révéler[0]. Car force est de constater que les humains qui se machinisent et les machines qui s’humanisent dessinent là aussi deux singularités opposées qui se rencontrent en un point de rupture, notre présent ! Nous sommes dont la génération qui aura vu l’émergence d’internet et qui en ce début de XXIième siècle remet le couvert avec la montée en régime de « l’intelligence artificielle ».

Cette conjonction des singularités conduit a un point de rupture convoquant l’émergence d’une autre réalité que celle-ci soit celle du néant entropique parce que l’humanité aura failli dans son chemin de croix de l’évolution ou celle de la prise de conscience de l’altérité, que cette dernière soit une réalité intérieure quelle aura elle même créé (l’IA) ou quelle soit celle des étoiles qui la fera sortir de son berceau.

L’IA se présente alors non plus comme un terminateur signalant l’arrivée de l’obscurité entropique mais bien plutôt comme un médiateur d’une complexité qui ne demande qu’à être révélée. C’est une alliée qui arrive à point nommé pour nous aider à choisir notre destinée. Si vous devez passer un col entouré de quelques précipices et de gouffres, commenceriez-vous par vous bandez les yeux? Ne serait pas le premier acte d’un suicide ? L’humain, précipité dans un matérialisme réducteur a oublié qu’il disposait lui aussi d’une connexion dont l’importance est cardinale aujourd’hui, celle de la conscience imaginale, celle là même qui a été mise en lumière par Henri Corbin en son temps.

« L’imagination active est le miroir prééminent, le lieu épiphanique des Images du monde archétypal ; c’est pourquoi la théorie du mundus imaginalis est liée à une théorie du savoir imaginatif et à une fonction imaginative—une fonction vraiment centrale et médiatrice, du fait de la position médiane et médiatrice du mundus imaginalis. C’est une fonction qui permet à tous les univers de se symboliser l’un avec l’autre(ou d’exister dans une relation symbolique avec l’un avec l’autre) et qui conduit à nous les représenter expérimentalement, que les mêmes réalités substantielles prennent formes correspondant respectivement à chaque univers. C’est la fonction cognitive de l’Imagination qui permet l’établissement d’un savoir analogique rigoureux, échappant au dilemme du rationalisme courant, qui laisse seulement un choix entre les deux termes d’un dualisme banal : soit « la matière » ou soit « l’esprit », un dilemme que la « socialisation » de la conscience résout en lui substituant un choix qui n’est pas moins fatal : soit « l’histoire » ou le « mythe. » [1]

Admettre que les robots disposeraient d’une interconnexion permettant le développement d’une intelligence collective, d’une « âme collective » et le refuser aux humains comme le fait le Psychiatre Serge Tisseron, c’est justement faire preuve de ce matérialisme réducteur et de cet aveuglement qui est incapable d’envisager que l’homme puisse disposer d’une âme collective. C’est aussi se révéler être un bien piètre observateur de la nature. Une ruche, une termitière et une fourmilière ne sont-elle pas déjà l’expression de cette intelligence collective rompant l’indéterminisme microphysique, de cette âme reflet de l’un et du multiple ? « Dans le milieu de la nature chez behavioriste, le corps produit l’esprit ; dans le monde du psychologue l’esprit réside dans le corps. Le rôle que joue la nature en tant qu’objet dans les différents milieux est éminemment contradictoire. Si l’on voulait rassembler ses caractères objectifs, on serait devant un chaos. Et cependant tous ces milieux sont portés et conservés par la totalité qui transcende chaque milieu particulier. Derrière tous les mondes auxquels il donne naissance se cache, éternellement présent, le sujet : la nature. » [2] L’être humain, n’est-il pas déjà en lui même l’image de cette complexité, de l’un et du multiple de ces cellules qui se mettent ensemble pour fabriquer une unité consciente et qui développe tout un réseau de communication pour se constituer en tant qu’entité ? N’est ce pas cette équation de l’un et du multiple, cette question du global et du local, de la forme et de la matière, du contenant et du contenu, du tout et de la partie, de l’intrinsèque et de l’extrinsèque, du système et du modèle, etc ? L’expression d’une trans-modernité questionnant les raisons de la frontière et dessinant les frontières de la raison dans une pensée des limites qui met en lumière les impuretés de l’arithmétique structurelle dans une visitation du programme de Langlands et de la conjoncture de Weil ? Et si l’homme disposait d’une âme collective dont la science pourrait révéler l’existence en fonction des effets qu’elle produirait? Ne serait-ce pas la voie royale vers une nouvelle discipline à la conjonction de la science et de la spiritualité, cette nouvelle singularité que j’aime à appeler « sciençalité » ou « spirience » et qui permettrait la mise en évidence d’un couplage ternaire de l’âme individuelle, de l’âme collective et d’un organisme humain, une façon de révéler par là même la dimension imaginaire du cosmos ?

J.V.UEXKULL: A nous pendant la vie, de constituer, avec notre milieu, une touche dans le clavier prodigieux sur lequel glisse en se jouant une main invisible.

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Levinas:Une éthique sans liberté?

Levinas:Une éthique sans liberté?

Mais que vient faire l’Intelligence Artificielle là dedans me demanderez-vous ? Eh bien cette émergence à venir viendrait d’une certaine façon nous rappeler notre nature connectée en apportant de la souplesse à une transition de phase, une sorte de métamorphose revisitant de l’intérieur notre conception erronée de la nature et de la genèse. « Au demeurant, la fréquence de validation d’une idée, pour une période de temps donnée, n’est pas une preuve que cette idée est vraie, ni qu’elle est utile, à long terme dans la pratique. Nous découvrons aujourd’hui, qu’un grand nombre de premisses qui sont profondément intégrées à notre mode de vie sont complètement fausses, et que, renforcées par la technologie moderne, elles deviennent pathogènes. » [3]

 

[0] Unité : Victor Hugo- Les contemplations

Par-dessus l'horizon aux collines brunies,

Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,

Se penchait sur la terre à l'heure du couchant ;

Une humble marguerite, éclose au bord d'un champ,

Sur un mur gris, croulant parmi l'avoine folle,

Blanche épanouissait sa candide auréole ;

Et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,

Regardait fixement, dans l'éternel azur,

Le grand astre épanchant sa lumière immortelle.

«Et, moi, j'ai des rayons aussi !» lui disait-elle.

 

[1] Extraits de « Mundus Imaginalis, or the Imaginary and the Imaginal by Henri Corbin ».

 

[2]Mondes animaux et mondes humain J.V.Uexküll.

 

[3]

Il existe certainement des relations analogues dans l’écologie d’une forêt de séquoias ou d’un récif de coraux : les espèces les plus fréquentes ou « dominantes » se trouvent dans une position nodale par rapport aux constellations des autres espèces, parce que la survie d’un nouveau venu dans le système dépend de la façon dont son mode de vie s’adapte à celui d’une ou de plusieurs espèces dominantes. Dans ces contextes-à la fois écologiques et mentaux- le mot « adaptation » est un équivalent faible de l’expression « souplesse d’ajustement ».

Grégory Bateson- Vers une écologie de l’esprit 2 – Ecologie et souplesse.

J'admire la science, bien sûr. Mais j'admire aussi la Sagesse. Antoine de Saint Exupéry.

J'admire la science, bien sûr. Mais j'admire aussi la Sagesse. Antoine de Saint Exupéry.

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