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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 01:10
Jupiter  bouclier des planètes intérieures?

Jupiter bouclier des planètes intérieures?

Jupiter serait le protecteur des planètes intérieures du Système Solaire, une sorte de bouclier contre les comètes et autres astres errants, c'est d'ailleurs ce que la plupart des médias y compris scientifiques nous racontent. Il me semble important de dénoncer ici une «idée reçue» qui a été apportée comme allant de soi alors même quelle est…totalement erronée, j’entends l’idée selon laquelle Jupiter serait une sorte de bouclier protégeant les planètes intérieures du Système Solaire (un contresens complet sur l’action de Jupiter).

Si le doute est à convoquer, c’est bien vis à vis des allants de soi de ce type qui émaillent la plupart des discours et qui mériteraient que l’on s’y arrête plus en détail. C’est ce que nous allons faire aujourd’hui. D’un point de vue « méta » cela pose une autre question plus générale qui concerne la validité des affirmations, affirmations que l’on travestit bien souvent en « savoirs indiscutables», truffant les discours finalement d’arguments sans fondement pour imposer un point de vue. Une caractéristique de ces approches que l’on peut d’ailleurs considérer comme un marqueur repérable, c’est que ces affirmations ne sont pratiquement jamais sourcées car par nature elles semblent aller de soi et quelque part elles couleraient de source si je puis m’exprimer ainsi [1]…La technique est utilisable quelque soit le domaine y compris en politique.

 

Mais trêve de blabla et passons aux choses sérieuses. Nous allons voir :

1 Que la question du statut de « bouclier » de Jupiter est à relier avec la mouvance de la Terre rare et qu’il a été en quelque sorte « établi » dans une période contemporaine au crash de cette étrange comète SL9 sur Jupiter.[2]

2 Que loin d’être un bouclier, Jupiter serait plutôt une sorte de loupe propulsant/faisant converger des impacteurs de l’extérieur du Système Solaire vers l’intérieur de celui-ci, c’est à dire grosso modo le contraire de la tâche qu’on lui fait assumée!

 

Pour cela, on fera appel au bon docteur Kevin R. Gravier[3] dont on ne pourra pas lui faire le reproche de travailler hors de son domaine de compétence, Kevin étant un expert du JPL dans le domaine planétaire. Il a produit une publication récente intitulée :

 

Jupiter: Cosmic Jekyll and Hyde

http://online.liebertpub.com/doi/full/10.1089/ast.2015.1321

dont je vous propose de passer en revue les points essentiels. Sans plus attendre, traduction rapide

 

Jupiter comme bouclier du système solaire ?

Pour connaître l’origine de ce paradigme erroné on ira directement au paragraphe 1.1 de la dite publication. L’auteur annonce tout de suite la couleur en soulignant que trouver l’origine de ce paradigme de Jupiter comme bouclier est à la fois trouble et glauque.

Horner et Jones (2008a, 2008b) ont noté : L’idée qu’une planète géante était nécessaire au delà d’une orbite d’une planète terrestre, pour que cette planète soit habitable, est très ancrée dans la communauté astronomique… Il est difficile de trouver les origines de la « théorie de Jupiter comme un bouclier ». Le paradigme fut certainement popularisé par Ward et Brownlee(2000) dans leur livre « la Terre rare » et leur déclaration vient de leur interprétation d’un travail de George Wetherill(1994, 1995).

Wetherill postula que les planètes joviennes extrasolaires, qui à cette époque n’avaient pas encore été détectées, étaient rares. L’absence dans la littérature de cette époque de rapports sur les comètes interstellaires sur des trajectoires hyperboliques, ou non reliées-des comètes qui auraient été éjectées de leurs systèmes par des planètes joviennes durant l’étape précoce de la formation des planètes-renforcèrent la conjecture de Wetherill que les planètes joviennes pouvaient être l’exception plutôt que la règle.

Pour tester son hypothèse selon laquelle les planètes extrasolaires joviennes pouvaient être rares, Wetherill (1994) réalisa une série de 5 types différents de simulations numériques qui modélisèrent l’évolution de particules test sans masse en présence de planètes joviennes de masses variables. La norme serait-elle que les systèmes planétaires avec des planètes terrestres évoluent avec des « Jupiters ratés », alors il n’y aurait pas d’attente rationnelle de voir des comètes sur des trajectoires hyperboliques. Wetherill nota, « il y a plusieurs façons pour lesquelles Jupiter (et Saturne) peuvent ne pas se former dans les systèmes pour lesquels les planètes terrestres puissent apparaître. »

Wetherill utilisa des techniques de Monte Carlo pour simuler numériquement les dynamiques du Système Solaire et employa une série de simplifications et d’approximations en lieu et place de traitements numériquement intensifs des principes premiers de façon à faire le meilleur usage des ressources numériques disponibles à cette époque. Bien qu’il semble injuste de comparer les simulations numériques d’aujourd’hui à celles de 1994, si le travail fondamental soulignant le concept de « Jupiter comme bouclier » avait un défaut systématique, alors la révision du travail initial serait garantie.

Une clé et le résultat le plus cité du travail de Wetherill (1994) était la découverte selon laquelle si Jupiter et Saturne grossissaient seulement au niveau de la taille de leurs cœurs-près de 15 masses terrestres- le flux du matériau planetesimal impactant potentiellement la Terre pourrait-être 1000 fois ce qu’il est aujourd’hui. La signification de ce résultat n’est pas que Jupiter protège la Terre contre les impacteurs entrants, mais plutôt qu’il aide à débarrasser l’espace inter planétaire des réservoirs de matériaux planétésimaux qui restent. En fait, des études préalables (e.g, Gladman et Duncan, 1990 ; Holman et Wisdom, 1993 ; Grazier et al. 1999a, 1999b) ont examiné la durée de vie des planétésimaux orbitant dans les espaces entre les planètes joviennes et arrivèrent à la même conclusion : Les planétésimaux dans ces espaces ont des durées de vie très courtes relativement à l’âge du Système Solaire. Faisant écho à ces études, Ward et Brownlee (2000) déclarèrent,

« Dans le Système Solaire précoce, il y avait un nombre incroyable de petits corps qui devaient échapper à l’incorporation dans les planètes, mais après un demi milliards d’années, la plus part des plus gros à l’intérieur de l’orbite de Saturne disparurent. Ils furent accrétés par les planètes, éjectés hors du Système Solaire, ou incorporés dans le nuage d’Oort des comètes. Jupiter était la cause majeure de cette purge… »

Les auteurs déclarèrent aussi, « parce qu’il nettoie notre système solaire des astéroïdes et des comètes dangereux croisant l’orbite de la Terre. » Plutôt que de suggérer que Jupiter avait un rôle important dans le nettoyage extérieur du Système Solaire des derniers vestiges du matériau planétésimal, cette déclaration suggère que Jupiter protège la Terre des objets déjà sur des trajectoires croisant la Terre.

L’étude de Wetherill (1994) contient uniquement une seule référence qui pourrait être interprétée comme allant dans le sens d'un Jupiter qui aurait un rôle de bouclier de cette manière. En ce qui concerne les simulations où les planètes joviennes auraient acquis des masses sensiblement moindre qu’elles ont actuellement- ce que Wetherill appelait « les Jupiters ratés »-il déclara que les masses réduites auraient l’effet d’enlever la « barrière Jupiterienne » qui peut être pénétrée par les comètes du nuage d’Oort ou de la ceinture de Kuiper si elles arrivent à accomplir des orbites croisant celle de la Terre. Dans le champ de la dynamique planétaire, la connotation du terme «barrière Jupiterienne » (e.g., Levison et al., 2001) est que Jupiter tient moins d’un bouclier impénétrable que d’un filtre dynamique ou d’une « membrane». Dans un papier suivant, Wetherill (1995) conclut, « Des systèmes planétaires similaires aux nôtres peuvent être abondants mais dangereux à moins d’être protégées par des planètes géantes gazeuses ». Hors contexte, on dirait que Wetherill plaide aussi en faveur du rôle de Jupiter en tant que bouclier, mais l’affirmation était faite en référence au rôle de Jupiter dans la purge finale des planétésimaux.

L’interprétation de Ward et Brownlee du travail de Wetherill les conduisirent à suggérer plus tard que la présence d’une grande planète jovienne sur une orbite supérieure était une nécessité pratique pour l’évolution de la vie sur une planète terrestre : « Quand les systèmes planétaires n’ont pas une planète Jovienne pour protéger la région d’une planète terrestre des limites extérieures, les planètes intérieures ne sont pas capables d’accueillir la vie autre que la vie microbienne » (Ward et Brownlee, 2000).

Cette variation extrasolaire du concept de « Jupiter comme bouclier » fut acceptée par la communauté astronomique avec peu d’esprit critique, malgré le fait qu’un nombre croissant de publications posaient de sérieuses questions concernant sa validité. Ce paradigme négligeait aussi la possibilité que les planètes Joviennes puissent être la raison que de nombreux objets entrassent en collision avec la Terre en première instance. Ceci aurait présenté une énigme : Les objets de l’extérieur du système solaire ont des concentrations importantes en composés volatiles qui sont requis pour la vie, et les impacts avec la Terre peuvent aider à expliquer la composition actuelle de son hydrosphère et de son atmosphère.

Grazier et al (1999a) commencèrent la série de recherches qui conduisit aux résultats actuels en cherchant les réservoirs potentiels de matériaux planétésimaux à l’extérieur du Système Solaire. Les auteurs ont simulé les trajectoires de 100 000 particules dans l’espace entre Jupiter/Saturne pendant environ 1 milliard d’années. Les particules furent retirées de la simulation sur base de l’entrée dans la sphère d’influence d’une des planètes Joviennes. Même si les approches rapprochées de la planète/planétésimal n’étaient pas modélisées, seulement 1,7 % des particules finirent ces simulations sur des orbites excentriques avec des demis grands axes intérieurs à Jupiter.

Laakso et al.(2006) cherchèrent aussi à faire avancer le travail de Wetherill (1994) en examinant les durées de vie des particules déjà sur des orbites croisant la Terre en présence de différentes configurations de planètes Joviennes. Les résultats de ces simulations indiquèrent que, comme la masse de Jupiter augmentait, le taux à partir duquel les particules étaient perturbées à l’extérieur des orbites croisant la planète augmentait aussi, alors que la corrélation de ce taux avec la variation de la position de Jupiter était faible.

Grazier et al.(2007) réalisèrent alors une intégration de 12 Millions d’années de 10 000 particules dans chacun des espaces interplanétaires pour explorer l’évolution des planétésimaux de la région des Centaures dans le disque diffus- la région distante d’un Système Solaire faiblement peuplé par des planètes glacées mineures. Ces intégrations qui simulèrent des rencontres rapprochées de planètes/planétésimaux, révélèrent que, pour des particules initialement situées entre Jupiter et Saturne, 24 % avaient des rencontres simples avec les planètes joviennes qui les propulsaient dans des orbites croisant-Mars. De la région entre Saturne et Uranus, 15 % des particules devenaient des croiseurs de Mars, et 3% pour celles de la région entre Uranus et Neptune (les valeurs furent respectivement 10%, 6% et 3 % respectivement pour les croiseurs terrestres). Cette étude ne suivait pas si ces particules le faisaient vraiment vers l’intérieur du Système Solaire. Grazier et al.(2008) réalisèrent une analyse plus fouillée du résultat de la même simulation et trouvèrent qu’une accablante majorité de ces rencontres se terminaient en des croisements planétaires terrestres. Ils conclurent de celles-ci, « Dans nos simulations Jupiter était, en fait, responsable de la grande majorité des rencontres qui envoyait des matériaux planétaires dans la région planétaire terrestre. Notre simulation suggère que plutôt que de protéger les planètes terrestres, Jupiter faisait, en fait, des « tirs au jugé ».

Une série de publications par Horner et des auteurs associés (Horner et Jones, 2008a, 2008b, 2009, 2013 ; Horner et al., 2010), sous le titre collectif « Jupiter : un ami ou un adversaire ? », rapportèrent la capacité de Jupiter de protéger les planètes terrestres des astéroïdes, des Centaures, et des comètes du nuage de Oort. Horner et Jones (2008a) trouvèrent que, du fait des interactions résonnantes, Jupiter perturbera les planétésimaux situés entre les orbites de Mars et de Jupiter dans l’intérieur du Système Solaire, et que l’absence de Jupiter peut protéger les planètes terrestres plus qu’une planète Jupiter ayant toute une gamme de masses. Plus significatif encore pour l’étude et le travail de Wetherill (1994), Horner et Jones (2009) trouvèrent que, pour les centaures, l’existence d’un Jupiter fournit peu de protection pour les planètes internes et peut, en fait significativement accroître le flux des impacteurs à travers la région des planètes terrestres. Horner et al.(2010) démontrèrent que Jupiter fournit quelques degrés de protection aux planètes terrestres des comètes du nuage d’Oort, et des « Jupiters » plus massives offriraient une plus grande protection.

Dans une relativement brève série de simulations qui essayèrent de quantifier la composition et les régions source des glaces de Ceres, Grazier et al. (2014) intégrèrent les trajectoires de 2000 particules dans chacun des réservoirs inter planétaires pendant 5 millions d’années. La fraction de planétésimaux glacés qui passent à travers la ceinture d’astéroïdes, en délivrant potentiellement des matériaux volatiles à Ceres et à d’autres astéroïdes « humides » dans ce temps était considérable ; et dans ces simulations, les planétésimaux venant de la zone entre Saturne et Jupiter étaient des ordres de grandeur plus abondants que ceux originaires du réservoir entre Neptune et Uranus quand les planètes étaient juste des embryons. Dans cette étude, les quantités significatives de particules provenant de l’extérieur du Système Solaire étaient livrées dans la région des planètes terrestres.

Ici nous faisons échos à des résultats d’une série de simulations faites en continuation et en complément de nos travaux précédents (Grazier et al., 1999a, 1999b, 2007, 2008, 2014). En utilisant notre Système Solaire comme un banc d’essai, nous réalisâmes des techniques d’intégration numérique précise qui simulèrent les trajectoires et nous suivîmes les évolutions des orbites orbitales de 30 000 particules sur des orbites de faible inclinaison et de faible excentricité situées initialement entre Jupiter et Neptune en présence à la fois de planètes Joviennes de masse totale et de cœurs joviens ou d’embryons (notez que les cœurs planétaires que Wetherill renseigna comme « une Jupiter ratée » seront référencés ici de façon synonyme comme planètes embryons.

Les conditions initiales et l’approche de la simulation sont présentées ici en paragraphe 2, basée en grande partie sur le travail de Grazier et al. (1999a, 1999b, 2005a, 2005b).

Les résultats qui suivent le destin des planétésimaux orbitant à l’extérieur du Système Solaire en présence de planètes Joviennes de pleine masse et des embryons sont présentés dans le paragraphe 3. Finalement, au paragraphe 4, les implications de ces simulations sont présentées avec une réflexion sur leur pertinence vis à vis de l’hypothèse de Jupiter comme bouclier.

Les simulations indiquèrent que, bien que Jupiter fasse un travail peu efficace en protégeant la Terre des impacteurs potentiels précoces dans l’histoire de notre Système Solaire, il joua un rôle clé à l’intérieur du Système Solaire. A travers les interactions résonnantes, les rencontres proches de planète/planétésimal, ou une combinaison, les simulations indiquent qu’un nombre significatif d’objets ne menaçant pas la Terre initialement situés à l’extérieur du système solaire pouvaient évoluer pour passer vers la région des planètes terrestres. Jupiter, plutôt que de protéger les planètes terrestres, contribua pour la grande majorité des rencontres à rediriger les planétésimaux à l’intérieur, encore que le degré auquel Jupiter dépend de l’assistance de Saturne pour faire cela n’a pas été reconnu, et les simulations actuelles illustrent l’incroyable complexité de l’évolution planétésimale dans le Système Solaire précoce.

Bien que Jupiter puisse avoir très bien eu une influence bénéfique pour la vie sur Terre, ce n’est pas parce qu’il a agi comme une protection contre les comètes mais bien plutôt parce qu’il aida à bombarder l’intérieur du Système Solaire avec des planétésimaux chargés en volatiles et peut avoir aidé la Terre dans l’accrétion de son atmosphère et de son hydrosphère. De façon importante, ces conclusions ne sont pas seulement appropriées pour notre Système Solaire mais présupposent une signification plus importante quand nous utilisons notre Système Solaire comme un exemple des systèmes planétaires extrasolaires. En fait, un résultat clé de ce travail est une capacité améliorée pour identifier les configurations de système planétaire qui sont plus propices à l’enrichissement en volatiles des planètes comme la Terre.

 

Alors allons directement aux conclusions pour résumer cette affaire et répondre au point numéro 2 évoqué sans aucune ambiguïté. Une affaire qui devrait faire date même si c’est passé complètement inaperçu…

 

Conclusions :

Avec une technique d’intégration hyper précise, les simulations présentées ont rendu possible la révision de la notion que Jupiter protège la Terre d’impacts dont le niveau est l’extinction. Jupiter et les autres planètes Joviennes sont capables de livrer des matériaux de l’extérieur du Système Solaire vers la région des planètes terrestres lorsqu’elles étaient des embryons planétaires. Les simulations montrent aussi que Jupiter aide à nettoyer le Système Solaire extérieur de planétésimaux accrétés, plutôt que d’être un bouclier effectif-au départ non menaçant-à l’intérieur du Système Solaire.

Alors que la taille du jeune Jupiter s’accentuait, non seulement il envoyait un plus grand nombre de planétésimaux dans le disque diffus et le nuage d’Oort- les éjectant même entièrement- il modifia aussi les orbites de beaucoup de planétésimaux dans des orbites ayant une aphélie proche de Jupiter, avec des périodes plus courtes et des fréquences plus importantes de passage dans le système intérieur. Dans ces cas, les vitesses d’impact de planète terrestre peuvent être relativement faibles et indépendantes de la zone source originelle. Encore, bien que Jupiter domine la dynamique du Système Solaire extérieur, il le fait aussi principalement de concert avec les planètes Joviennes , principalement Saturne. Ces résultats de simulation suggèrent fortement qu’un système avec une planète Jovienne – ou de multiples planètes Joviennes- extérieure à la région de planète terrestre est, en fait, propice au développement de la vie.

La vue familière d’une planète Jupiter protégeant la Terre propagée par les média, que Jupiter ou Saturne engloutissent les comètes ayant la Terre dans leur ligne de mire, n’est simplement pas supportée par ces simulations. La publication de Wetherill de 1994 commença avec un but louable, et c’est une lecture utile pour apprécier les questions profondes auxquelles cette étude a essayé de répondre. Comme nous l’avons fait, Wetherill réalisa des simulations numériques pour répondre à ces questions, utilisant des techniques d’approximation nécessaires pour obtenir l’avantage maximum des puissances de calcul disponibles à cette période. Depuis la publication de ce papier, les astronomes ont découvert que les planètes joviennes sont omniprésentes. Avec l’avantage de 12 fois le doublement de la puissance de calcul selon la loi de Moore (Moore, 1965) entre temps, nous avons simulé quelques uns des mêmes scénarios de la publication de Wetherill avec un modèle bien meilleur et trouvé que peu de ses conclusions résistaient à l’épreuve du temps. Peut-être que la leçon la plus importante de la publication de Wetherill de 1994 pourrait être une invitation à la prudence. Elle sert comme un excellent exemple de comment des notions incontestées peuvent devenir fermement ancrées dans la pensée scientifique (et, en fait, popularisée dans l’air du temps) et alors propagées dogmatiquement.

Si la relation entre les impacts et la vie sur la Terre est intelligemment décrite comme « c’est compliqué », le rôle que joue Jupiter dans ce scénario complique encore les choses. Clairement, Jupiter seul n’est pas un défenseur efficace de l’intérieur du Système Solaire contre les comètes issues de l’extérieur du système solaire ; comme les simulations l’ont montré, il aiguille probablement autant de comètes vers les planètes terrestres qu’il n’en détourne. Aussi, comme démontré ici, Jupiter- à différents moments-clés de son histoire- aurait joué un rôle clé à la fois en aidant à créer les conditions pour la vie sur Terre mais aussi à initier des extinctions de masse.

Si un jour venteux, une rafale soulève un nuage de poussière et le jette violemment contre une moustiquaire, quelques grains passeront à travers sans entrave, quelques uns ricocheront sur le réseau et passeront de toute façon, et une petite fraction de grains de poussière impacteront le réseau et seront repoussés. Jupiter plutôt qu’un impénétrable écran, une meilleure métaphore pour le rôle de la planète est Jupiter comme une porte de moustiquaire.

 

Voilà, on pourra toujours essayer de sauver les meubles en disant qu’il s’agit de simulations numériques mais alors il faudra expliquer en quoi et pourquoi ces simulations ne seraient pas recevables en détaillant son argumentation si l’on ne veut pas passer pour quelqu’un qui nous débiterait ses croyances issues d’une rhétorique journalistique « main stream » sans fondement théorique.

 

Après ce détour, revenons au sujet de notre bon docteur Brandenburg car il me semble bien que nous avons là, à travers cette publication au moins une ébauche de réponse à une des questions qu’il posait et qui était d’une importance capitale, les taux d’impacts comparatifs entre la Lune et Mars !

Le nombre cumulatif des passages au périhélie de planétésimaux à travers l’intérieur du système solaire comme une fonction du temps pour 8 simulations différentes pour (a) les croiseurs de Mercure, (b) les croiseurs de la zone de Venus, (c) les croiseurs de la zone terrestre, (d) les croiseurs de Mars. Extrait de "Jupiter: Cosmic Jekyll and Hyde"

Le nombre cumulatif des passages au périhélie de planétésimaux à travers l’intérieur du système solaire comme une fonction du temps pour 8 simulations différentes pour (a) les croiseurs de Mercure, (b) les croiseurs de la zone de Venus, (c) les croiseurs de la zone terrestre, (d) les croiseurs de Mars. Extrait de "Jupiter: Cosmic Jekyll and Hyde"

Table 2 : Résultats présentés comme une fonction du type de simulation et de la zone inter planétaire d’origine par nombre de particules uniques, nombre moyen de passages par particule des objets propulsés dans les orbites avec des périhélies intérieurs à Mercure, entre Mercure et Venus, entre Venus et la Terre, tous les croiseurs de la Terre, entre la Terre et Mars, et tous les croiseurs de Mars.

Table 2 : Résultats présentés comme une fonction du type de simulation et de la zone inter planétaire d’origine par nombre de particules uniques, nombre moyen de passages par particule des objets propulsés dans les orbites avec des périhélies intérieurs à Mercure, entre Mercure et Venus, entre Venus et la Terre, tous les croiseurs de la Terre, entre la Terre et Mars, et tous les croiseurs de Mars.

Si l’on fait l’hypothèse qui ne me paraît pas absurde de lier les probabilités d’impacts respectives entre la Lune et Mars avec la quantité d’objets qui circulent dans leurs environnements respectifs (les Earth Crossers et les Mars Crossers, les croiseurs de la Terre et ceux de Mars), alors là, bingo, vous tombez sur des valeurs allant de 2 à 7 selon les simulations avec une moyenne à 4 !

 

Bien entendu ce ne sont que des simulations et ce n’est pas la réalité, néanmoins ce qui est à considérer c’est l’ordre de grandeur et le fait que la fréquence d’impacts sur Mars pourrait-être 4 fois supérieure à celle de la Lune, ce qui en déroulant l’argumentation du bon docteur Brandenburg prouverait quelque part que l’océan de Mars n’a pas disparu il y a quelques milliards d’années mais bien plutôt 500 millions d’années ou moins laissant à la vie toute l’opportunité de s’exprimer et à la vie intelligente de se développer. Aussi comme le proposait le Docteur Brandenburg, la meilleure façon de trancher cette problématique de façon pragmatique ne serait-ce pas d’aller voir sur place, ce qui compte tenu des implications, devrait-être une mission prioritaire?

 

C’est déjà fait me direz-vous. Oui et Non !

Oui parce que nous avons déjà des sondes et des rovers visitant cette planète et que l’on pourrait dire que nous n’avons rien trouvé d’anormal jusqu’à présent… enfin en supposant que toutes les informations ENORMES que peuvent constituer les découvertes relatives à un tel sujet puissent être partagées sans difficultés avec le commun des mortels…ce qui n’est pas forcément évident-Ouh là là nous sommes proche du conspirationisme, vite il faut s’arrêter de penser.

Et Non car nous ne sommes peut-être pas allés aux bons endroits et les futures missions en préparation  qui ne sont pas prévues à la saint Glinglin mais bien dans notre futur proche sont apparemment ajustées, en observant bien, pour répondre à ces questions.

 

Que restera-t’il de la civilisation humaine dans 500 millions d’années si l’humanité ne réussit pas à passer la singularité d’émergence qui se présente à elle en ce moment ? Et si d’aventure, des Vénusiens en goguette en ces temps futurs venaient à visiter un caillou désertique à proximité de leur mère patrie, cette intrigante troisième planète du Système Solaire, que constateraient-ils?

 

Visite

[1] A ce propos, on relira avec attention ce passage du « premier Alcibiade » de Platon où Socrate interroge Alcibiade sur la question du connaître, une petite merveille dont on retiendra notamment ceci :

« Il faut donc admettre que, quand on ignore une chose, l’esprit n’en peut former que des opinions flottantes. »

http://ugo.bratelli.free.fr/Platon/Platon-PremierAlcibiade.htm

Que l’on ne se méprenne pas, je revendique ici un savoir bien particulier qui est celui de savoir que l’on ne sait pas et qui a le mérite de disposer favorablement l’esprit dans une démarche de recherche, alors que si vous croyez savoir, vous enfilez les perles comme les âneries…Associée à Internet, cette démarche est particulièrement redoutable pour démonter des politiques de l’ontologie que je considère comme fermées ou clôturées et dont l’objectif est de maintenir des « croyances » qui servent des intérêts singuliers.

Ne dit-on pas que l’information c’est le pouvoir ?

 

[2] L’hypothèse de Jupiter comme « bouclier » a été « illustrée » de façon magistrale par les impacts de cette curieuse comète SL9 sur Jupiter et l’on pourrait dire que Wetherill a surfé involontairement sur la vague pour imposer son idée qui n’était en fait pas du tout vérifiée! Maintenant que le bouclier a « disparu », on pourrait imaginer revisiter cette curiosité avec un autre angle de vue :

[3]Le parcours de Kevin Grazier est assez singulier. Passage à la Rand corporation où il a travaillé sur le traitement des images des sondes viking et de la mission Mars Observer mais surtout une connexion avec l’industrie du cinéma en tant que conseiller technique ou réalisateur de scénarios. Jugez plutôt des thèmes et des films

Star Trek :Voyager, Science Battle Gallactica, Gravity, ETXR, Inversion etc.

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commentaires

M51M51 14/02/2016 07:21

Bonjour xavlexav et merci pour vos lectures et vos encouragements. J'ai écouté le morceau que vous avez composé et je le trouve sympathique. Je vous souhaite un bon dimanche et peut-être une bonne composition.
Bien cordialement.

xavlexav 13/02/2016 20:59

Bonjour et merci pour l'article qui oxygène la pensée a propos de ce concept de bouclier des jupiters, que le commun des mortels considérait comme une vérité première.
quel dommage qu'il n'y ai pas plus de commentateurs de ce blog, même polémiques.
Moi je n'ai pas fait grand chose à part une petite track de plus.
Bien cordialement
https://soundcloud.com/lexav-xav/two-day-le-mp3-c-mieux

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