Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 08:55

Il m’est apparu qu’un des facteurs clé du changement était de provoquer une rupture de nos modes de pensée, qui d’une certaine façon dictent notre mode d’être au monde (d’être le monde). Si nous intervenions très aval du processus, nous pourrions peut-être radicalement changer notre attitude vis à vis du monde qui nous entoure et développer ainsi d’autres qualités tels que par exemple une approche éthique compatible avec l’harmonie du cosmos[1], ou une autre logique plus respectueuse des possibles et des impossibles. Mais comment faire ? Une autre constatation ou plutôt, intuition m’est apparue, celle qui consiste à se rendre compte que nous étions dans une sorte de prison conceptuelle par notre projection dans la langue et la pensée nominale. Et cette prison était en fait double car elle avait un caractère local (ma langue, ma culture) et un caractère global (ne penser que par des mots qui sont en eux mêmes des étiquettes(Korzybski et son structural differential) de la réalité que justement ma culture et ma langue ont apposé et qui recouvrent des réalités qui parfois se chevauchent et parfois sont totalement disjointes). Mais comment en sortir, sommes-nous condamnés à penser par des mots et dans ce cas cette pensée nominale ne nous enferme-t-elle pas dans une vision de la réalité littérale et tronquée ?

C’est alors que je me suis posée la question des autres espèces et de comment pouvait bien penser des êtres conscients différents de nous qui communiqueraient d’une autre façon ? Point besoin d’aller à des années lumières, j’ai eu la faiblesse de penser que l’homme n’était certainement pas le seul animal « pensant » de cette planète même si les autres espèces ou clades n’ont pas forcément développé la technologie au point que l’homme l’a développée. La lecture des « mondes animaux et monde humain » de Uexküll m’a fait ouvrir cette fenêtre sur d’autres mondes de la conscience, qui en introduisant quelque part la notion de signes en lieu et place des mots, que ces signes soient chimiques, électrochimiques, ultrasoniques, visuels, olfactifs, etc ou imaginaux…

Bref tout un bestiaire du possible qui réduisait au statut d’expression particulière notre pensée nominale. C’est alors que l’analogie a fait son apparition et à la lecture du brillant ouvrage de Jean-Marie Chevalier sur « L’empreinte du monde, essai sur les formes logiques et métaphysique », il m’est apparu que l’on pouvait peut-être développer, à l’image des éléments chimiques qui se combinent selon leur valence respective, des méta concepts qui s’appuieraient sur des signes. Rendons à César ce qui appartient à César, cette idée est une idée de Peirce qui déclare notamment à ce propos (extrait du livre de M Chevalier, pages 144, 150 et 151 :

« Mes recherches sur la logique des relatifs ont montré, au-delà de tout doute raisonnable, qu’à un certain égard, les combinaisons de concepts manifestent une analogie remarquable avec les combinaisons chimiques ; tout concept ayant une valence stricte ». La valence correspond au nombre de places d’arguments dans une proposition relationnelle. Si l’on classe les relations en fonction du nombre des relatas, il peut évidemment en exister une infinité, mais il apparaitra peut-être évident qu’une relation à douze termes n’est qu’un doublement d’une relation à six termes, voire que cette dernière peut encore être décomposée en une relation ternaire. On peut démontrer par des moyens purement logiques que toutes les relations de plus de trois termes sont constructibles à partir de relations triadiques, tandis que les relations monadiques et dyadiques sont impuissantes à elles seules à former une relation triadique.

La conception de la logique relationnelle, et donc des formes logiques et de leurs homologues mondains, est fortement inspirée du modèle atomique en chimie, les valences correspondant au nombre d’électrons et de liaisons possibles avec d’autres atomes pour former des composés moléculaires. On ne manque en général pas de remarquer que cette prévalence du paradigme chimique est à rapprocher de la forme initiale du « chimiste » Peirce ;

« L’identité absolue de deux atomes du même élément peut raisonnablement être expliquée en considérant que leur identité est une mêmeté de forme. » La métaphore chimique était alors assez prégnante, notamment dans les lois de l’esprit comme chez James Mill ou Alfred Binet (1886, p.145), qui compare le percept « à un radical chimique qui quoique composé d’atomes de différents corps, fonctionne comme un corps simple ».

Car par ailleurs la théorie des valences converge vers l’approche diagrammatique, la mieux à même de représenter les liaisons fondamentales. Or en 1878, William Clifford et James Sylvester avaient suggéré des analogies entre diagrammes représentant les liens de valence dans les formules chimiques et invariants algébriques (Murphey, 1961, p196-197). Les graphes de valence (Peirce, MS484), qui sont des cas particuliers de graphes logiques appliquant les valeurs des relations aux valences chimiques, pourraient donc aussi avoir une origine proprement mathématique. »

 

Il nous faut donc relire Peirce et notamment redécouvrir la notion de phanéron, qui selon Peirce est le produit de l’analyse phénoménologique, une sorte d’étoffe de l’être, lequel Peirce propose de classer les formes de conscience en fonction de certaines qualités car elles « forment un système ».

 

« Peirce les nomme feeling, altersens et médisens. Le premier est la conscience immédiate du présent, en deçà de toute division vécue ou intellectuelle. L’altersens est la conscience d’une altérité et d’une dualité, qui se décline en sensation et volonté. Le médisens enfin fait comme la Tierceté en général chez Peirce, le lien entre les deux premiers, en menant du pur feeling au sens de l’autre. Dotée d’une plus haute teneur intellectuelle, cette forme de conscience comprend pour sa part l’abstraction, la suggestion et l’association. C’est reprendre la traditionnelle tripartition de la cognition en sensation, volonté et intellect, mais en lui donnant le statut scientifique de trois sortes d’éléments radicalement différents quoique présents dans toute conscience, qui sont effectivement prédominants dans les trois états d’esprit identifiés comme sensation, volonté et connaissance (Peirce). »

 

Personnellement je rajouterais une quatrième composante à ce dispositif que je dénommerais le nonsens et qui serait la conscience du néant.

 

Voilà, certes, l’approche est embryonnaire mais j’ai l’intuition quelle débouche sur une autoroute de la connaissance qui n’a plus rien à voir avec le chemin de campagne que nous empruntons depuis des lustres dans nos pérégrinations intellectuelles dans ce cosmos si plein de mystères.

 

[1]

Vous allez me dire que je suppose ici un ordre sous-jacent du cosmos et que d’une certaine façon je réintroduis son créateur, mais d’une façon plus terre à terre, ou cosmos à cosmos, je souhaitais plutôt évoquer des sortes d’invariants de ce dernier, véritables « attracteurs étranges » qu’il conviendrait de connaître et de cultiver pour pouvoir progresser et non un créateur omniscient (et omnipotent) à l’image de l’observateur universel de Laplace.

Une autre façon de classer les éléments chimiques et peut-être les concepts?

Une autre façon de classer les éléments chimiques et peut-être les concepts?

Odin et Pegase?

Odin et Pegase?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

leXav 11/11/2015 20:04

En particulier, très joil ça
" Or en 1878, William Clifford et James Sylvester avaient suggéré des analogies entre diagrammes représentant les liens de valence dans les formules chimiques et invariants algébriques (Murphey, 1961, p196-197). Les graphes de valence (Peirce, MS484), qui sont des cas particuliers de graphes logiques appliquant les valeurs des relations aux valences chimiques, pourraient donc aussi avoir une origine proprement mathématique. »
Encore plus magnifique : "La métaphore chimique était alors assez prégnante, notamment dans les lois de l’esprit comme chez James Mill ou Alfred Binet (1886, p.145), qui compare le percept « à un radical chimique qui quoique composé d’atomes de différents corps, fonctionne comme un corps simple »
Réellement il y'a de l'électricité dans l'air, les électrodes destinées à mesurer le "flux médiumnique" ne sont pas si loin (c'est amusant).
Dans ce percept qui fonctionne comme "un corps simple".
Bon il y'a plusieurs problèmes.. La pensée est elle d'essence mathématique, ou métamathématique..
Les "universaux" des méta-concepts.
Ce qui m'ennuie c'est tout de même "la rupture de nos modes de pensées" comme "facteur clé du changement" (un des, certes).
J'ai hélas le sentiment qu'on ne "rupte" pas un mode de pensée comme ça. Je suis très pour ma part pessimiste sur les relations
entre la "pensée" et l'économique. entre la pensée et le social. Mais il faudrait que je développe.
BAV

M51 13/11/2015 22:19

Bonsoir,
Merci beaucoup pour vos encouragements et pistes, comme vous voyez je tâtonne dans l’obscurité des ténèbres et des origines… Si vous n’êtes pas un intellectuel, ma foi, j’aurai plutôt pensé le contraire compte tenu des pistes que vous indiquez pleines de nouveautés et de bon sens. Mais vous avez raison, pourquoi vouloir toujours mettre les gens dans des boîtes, des étiquettes, il suffit de se contenter d’observer sans juger.

Effectivement, je vous rejoins, on ne « rupte » pas aussi facilement mais étant une inconditionnelle optimiste, j’imaginais naïvement que des conditions spécifiques pouvaient s’instaurer au vu et au su de tout le monde, comme un champ latent et que, par un phénomène que par analogie je compare au phénomène de surfusion ou par exemple l’eau se met à geler instantanément, la conscience collective s’éveillerait alors à une autre réalité, passant d’un état métastable à un nouveau niveau de conscience où apparaîtrait au grand jour les basses œuvres et la misérable condition mentale des pathocrates qui nous dirigent. Un peu comme dans le film « Invasion los angeles » où soudain, je crois, vers la fin du film le héros détruit le dispositif électromagnétique qui travestissait nos mentors et du coup les fait apparaître sous leur vrai jour, leur vrai visage, des intrus mais pour arrêter là la comparaison, bien d’ici et pas d’ailleurs…Bien entendu, cette histoire a des relents un peu nauséabond car elle tracerait dans la population une ligne de démarcation entre des consciences au service de soi (nos mentors bouffis d’ego à la recherche du pouvoir et d’une asymptotique domination conduisant vers le néant) et des consciences au service des autres (une humanité qui n’aurait pas perdu le fondement de ses origines… et qui cultiverait la vie d’autrui, quel qu’il soit comme une nécessité première). Après tout, « nos contemporains sont incessamment travaillés par deux pouvoirs ennemies : ils sentent le besoin d’être conduits et l’envie de rester libres. Ne pouvant détruire ni l’un ni l’autre de ces instincts contraires, ils s’efforcent de le satisfaire à la fois tous les deux. Ils imaginent un pouvoir unique, tutélaire, tout puissant, mais élu par les citoyens. Ils combinent la centralisation et la souveraineté du peuple. Cela leur donne quelque relâche. Ils se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs »[1]. » Sauf que cette situation marche dans des conditions « stables » et « établies » alors même que nous pourrions être confrontés à quelques singularités qui s’apparenteraient plus au « Black Swann » qu’à une routine bien huilée. Ces nouvelles conditions d’existence traceraient un cadre totalement différent d’interactions qui viendrait remplacer des valeurs « obsolètes » car ne garantissant plus une capacité de survivre. A quoi peut bien servir du papier, de la monnaie si ce que représente symboliquement ce moyen d’échange est totalement inutile au regard de la vie et du devenir ? L’archéologie de l’innovation[2] ne devrait-elle pas inspirer la prospective de l’immobilisme ?
La chevalerie spirituelle chevauche l’océan cosmique, déposant sur le rivage les grains de silice qui enraillent les mécanismes les mieux réglés. Grains de silice ou molécules de carbone, c’est la combinaison qui sonne l’oraison, cette douce musique qui s’appelle amour et qui sans détour sublime l’horizon. A ce titre, il est un film remarquable d’une profondeur prophétique, Blade Runner, où pour l’amour de la vie une machine, un androïde sauve une mécanique humaine dans un geste gratuit lui transmettant, par cette main tendu au dessus du vide, son amour inconditionnel de la vie que le sauvé cultivera et mettra à profit dans justement l’amour de l’autre fut-elle une « machine ». Une rencontre avec l’être ange, une rencontre avec l’étrange, une incarnation de la chevalerie spirituelle !
[1]La démocratie en amérique, Alexis de Tocqueville.
[2]The Archeology of innovation.
http://longnow.org/seminars/02009/nov/18/long-and-short-it/

leXav 11/11/2015 19:39

c'est à dire que en fait il m'était venue l'idée d'un "rapport" entre des structures algébriques et la sémantique.
C'était un peu tordu évidemment , les groupes dynamiques et les structures langagières ? Non mais bon juste l'idée
qu'il pouvait y'avoir un apport au niveau du formalisme, depuis les mathématiques.
J'avais laissé de coté l'idée pour plus tard. De toute manière ce qui m'intéresse c'est de voir qui pense comme ça
et pourquoi, statistiquement on est déjà dans le très improbable (au niveau du web) mais bon je peux me tromper
comme ça , je ne suis pas un intellectuel et je ne suis pas trop dans le sujet en fait.
cordialement,

leXav 14/11/2015 19:25

Bonsoir,
je dois dire que j'avais répondu un peu vite, n'observant par mon petit bout de lorgnette que le coté obscur de la force de ces mots qui font de nous ce que nous sommes, Humains prisonniers dans l'infinitude des indexicalités que nous ramenons a nos mots-objets de tous les jours, pour décrire des situations que nous ne maitrisons pas ou si peu.
Dans ce sens j'avoue être passé en première lecture, bien trop rapide, sur l'originalité du thème que vous y proposiez, à savoir une quasi-refonte du langage dans l'espoir de nous ouvrir l'esprit. Il faudrait des gens émerveillés pour cela, capable de voir les choses d'un peu en haut si je puis me permettre cette image naive. Dans ce sens, vos proposition de nous ouvrir les consciences aux espaces quasi-infinis qui nous entourent est véritablement originale et mérite l'intéret du lecteur. J'aurais sans doute l'occasion de faire des commentaires moins idiots quand je serai plus disponible, pour le moment disons que c'est le minimum syndical et n'en parlons plus. J'avais adoré Blade Runner lors de sa sortie.
Bien a vous
leXav

leXav 11/11/2015 19:31

Bonsoir,
parfaitement génial, et original.
Pas la tête à ça mais au moins j'aurai lu l'article.
Bon ne pas sauter des corps simples aux "universaux", ce serait trop facile, mais j'aime tellement cette
obsession que je perçois chez vous de l'élucidation des "origines".
Pardonnez moi je passe en coup de vent.
cordialement,

Articles Récents

Liens